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01/12/2010

Mémoire: le souvenir d'une grande dame Marie-Louise marquise de Crussol d'Uzès

 

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En 2011, il y aura 20 ans que disparaissait la marquise de Crussol d’Uzès, inhumée au Carmel, face à la célèbre duchesse d’Uzès, née Mortemart, qui a bien des égards, lui aura servi de modèle. Ce vingtième anniversaire de sa disparition est l'occasion d'honorer la mémoire de cette grande dame en baptisant une voie ou place d'Uzès, de préférence dans le secteur sauvegardé, de son nom et en organisant une exposition. Cela se prépare maintenant. Il est temps d'y penser.
Marie-Louise Béziers est née en 1904 dans une famille lorientaise ayant acquis fortune et notoriété dans les premières conserveries de poissons. A peine âgée de 20 ans, elle épouse le marquis Emmanuel de Crussol d’Uzès. Ils divorcent pendant la guerre, mais se remarient en 1950. Veuve deux ans plus tard, elle prend alors en main l’avenir d’u Duché, négligé par l’Education nationale qui y avait installé le collège puis le centre d’apprentissage, et, par là même, elle jette un regard critique et impitoyable sur l’environnement uzétien. Sa voix qui prêtait parfois à d’anecdotiques communications téléphoniques devient familière aux Uzétiens qu’elle n’hésite pas à solliciter à tout moment de la journée. Tout en sortant de l’oubli un patrimoine qui désormais lui appartient, elle influe sur les décisions municipales, apportant à Uzès le poids de ses relations.
Son action, au-delà de ses multiples interventions, peut se résumer en trois mots: Duché, orgue, ville.
Concernant le château ducal, il s’agissait de perpétuer concrètement la grandeur et les traditions de l’illustre Maison d’Uzès et d’ouvrir les lieux remeublés à la visite. Elle initie un plan de restauration que son petit fils Jacques, 17e duc d’Uzès, continue.
«_C’est elle, écrit Pierre Pélisséro, qui, par ses relations, a obtenu des Monuments historiques la restauration devenue urgente de l’orgue de la cathédrale, le concours actif d’Alexandre Cellier, et qui a créé, en 1962, au Duché même, le Comité des Orgues, lequel, depuis, veille sur l’instrument.».
Enfin, la marquise est à l’origine de la restauration d’Uzès. En effet, elle connaissait bien André Malraux et pouvait même se flatter d’avoir pour cousin un autre ministre, Maurice Herzog, époux d’une fille du duc de Brissac. Lorsque le Ministre des affaires culturelles du général de Gaulle établit la liste des villes qui bénéficieraient de l’aide l’Etat pour sauvegarder leur patrimoine, elle plaide pour Uzès, au patrimoine architectural incomparable en voie de disparition. Ses arguments séduisent André Malraux qui hésite cependant à faire le déplacement en terre ducale qui est, d’après lui, « plus loin que la Chine. »
On pourrait ajouter à ce déjà important bilan quantité d’autres préservations d’un environnement qu’elle s’attacha toujours à défendre. On pourrait raconter mille anecdotes nées de sa détermination pour une cause immuable, d’un autoritarisme pas toujours admis, de la délicatesse de son accueil, de la complicité de son amicale fidélité.
Lorsqu'elle disparut, Jean-Luc Chapon, maire d’Uzès, lui adressa un court mais sincère au revoir: «Merci, Madame la Marquise! C’est grâce à vous, grâce à votre combat, ce combat que nous menons nous-mêmes maintenant, que notre Cité est devenue ce qu’elle est désormais. Vous avez souhaité partir dans la discrétion. Nous avons respecté votre décision. Mais notre cœur n’en a pas moins été auprès de vous.»[
Il reste maintenant au premier magistrat d’Uzès à présenter aux élus un lieu qui pourrait s’appeler «Marquise de Crussol d’Uzès 1904-1991».

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